Visite d’un encan Québécois

Par Joanie Venne, Inspectrice Bénévole pour CETFA.

Nous sommes en Août 2012, et le thermomètre affiche 36° C avec l’indice humidex. Nous arrivons à l’encan une heure avant le début de la vente aux enchères. Nous faisons le tour de la bâtisse et croisons des camions qui viennent décharger des animaux à l’arrière. Aucun animal n’est présent à l’extérieur, à l’exception d’un seul, au loin, inanimé : une vache qui n’a pas survécu dans le transport ou est arrivée trop affaiblie ou malade…

Nous entrons par une porte principale et arrivons directement dans une minuscule cantine où l’on nous lance un bref regard. Une porte adjacente à la pièce où les animaux défileront un à un ou par petits groupes pour la vente aux enchères nous amène directement sur une passerelle où l’on peut voir tous les animaux – principalement des vaches laitières « de réforme »[1] – entassés.

Il fait tellement chaud, la sueur envahit nos visages au bout de quelques secondes. La température doit atteindre 50°C en bas là où les animaux se trouvent. Aucune ventilation, aucune isolation dans le toit. De la poussière accumulée partout.

Il n’y a aucun abreuvoir dans les enclos. Je vois un très petit bol de plastique dans le coin d’un boxe, avec un liquide brunâtre au fond et un tuyau au-dessus qui n’a pas l’air d’avoir servi depuis plusieurs années. Des fils d’araignée et de poussière recouvrent la valve. J’essaie de remplir le bol en versant de l’eau d’une bouteille en plastique, mais le bol est tellement sale que l’eau devient immédiatement brunâtre.

Les vaches sont émaciées, la peau sur les os, et dans des enclos si petits qu’elles sont serrées les unes contre les autres. Elles sont toutes mal en point, et ont un regard persistant et apeuré. L’une d’entre elles a une couche de peau arrachée sur l’un des flancs, rouge et au vif, de la grosseur d’une rondelle de hockey.

Pendant que les travailleurs continuent de faire entrer un groupe de vaches dans un boxe trop petit, la dernière vache ayant peine à rentrer se fait violemment ruer de coups par l’un d’entre eux.

Les petits veaux sont déchargés des camions. Nous les voyons entrer un à un. Certains ont encore leur cordon ombilical et plusieurs ont peine à marcher, meuglant désespéremment et cherchant leur mère. Plusieurs restent immobiles, terrorisés par la peur. Quelques instants plus tard, un travailleur les réunit en criant et en les tapant pour les faire entrer dans un boxe.

La vente aux enchères commence, une vingtaine de minutes en retard. Pendant tout ce temps, les animaux sont entassés, sans bouger sous une chaleur excessive. Les vaches qui défilent une à une sont toutes affolées. L’une d’entre elle se cogne brutalement la tête dans un coin. Une autre défile en sautillant, semblant souffrir aux pattes.

La violence et le manque de soins donnés aux vaches laitières dont nous avons été témoins dans cet encan n’est malheureusement pas un cas isolé : un traitement similaire peut se voir dans la plupart des encans du Québéc et du reste du Canada. Une violence inutile qui ne pourra s’arrêter que par une réforme du système et un changement de la part des consommateurs…


[1] Vaches laitières en fin de carrière de production laitière ou de reproduction qui sont destinées à l’abattage.

3 réponses à “Visite d’un encan Québécois

  1. Que dire qui n’a pas déjà été dit ? Ces pratiques sont une honte. Le bétail n’est rien de plus qu’un commodité à transaction. On se fiche que ce sont là des êtres intelligents et sensibles. On se fiche du traitment infligé au vu et au su de tout le monde, comme si cela allait de soi, comme si c’est normal. Quel monde infiniment aveugle et perdu qu’est l’humanité, ou devrais-je dire l’inhumanité.

  2. C’est triste à dire mais je déteste de plus en plus les êtres humains. Martin Luther King un grand leader noir assassiné à l’âge de 39 ans a dit: Ce qui fait le plus mal ce n’est pas la cruauté d’une minorité c’est L,INDIFFERENCE D,UNE MAJORITÉ DE SOI-DISANT BONS . Moi j’ajoute que l’esclavage et bien d’autres horreurs sur cette terre n’aurait pas eu lieu si la majorité n’avait pas été indifférente et la souffrance monstrueuse des animaux n’aurait pas lieu sans la complicité de la majorité des humains .

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